Bienvenu sur www.francianyelv.hu   A kijelölt francia nyelvű szöveg felolvasásához kattints a hangszóróra! Bienvenu sur www.francianyelv.hu GSpeech

Egy francia Magyarországon - Pierre Waline blogja

Francia születésű, nyugdijas vagyok, Pesten élek. Szeretek itt élni, szeretem Magyarrszágot, a nyelvet, a kultúrát, de jó néha hazamenni Párizsba is. Szeretem a klasszikus zenét. Fontos számomra a kommunikáció, meg a harc az intolerancia és a rasszizmus ellen.

Bof....
Déteste par dessus tout l'intolérance, le nationalisme et le racisme, encore trop répandus...
Mindenek elött a nacionálzmus, az intolerancia és a racizmus ellen szeretnék küzdeni, amelyek sajnos tul gyakori jelenségek a mai világban...

Indíts Te is blogot a francianyelv.hu-n!

Avec la multiplication des réseaux sociaux, la manie a été prise de classer tout et n´importe quoi („le plus beau, le meilleur, le préféré”…). Hit parade parfois ridicule, le plus souvent arbitraire, généralement publié pour se mettre soi-même en valeur (1). Mais tel n´est pas toujours le cas. Ainsi, ce classement des dix meilleurs orchestres du monde que vient de publier la revue BBC MusicMagazine. Parmi lesquels figure en bonne place l´Orchestre du Festival de Budapest. Classement confirmé par le New York Times. Certes, qui reste subjectif, mais donne malgré tout une idée de la qualité, ou du moins de la réputation, desdites formations.

Un classement dont je n´ai pas encore eu connaissance (mais qui a probablement été entrepris): celui des meilleures salles de concert. Mais sur quels critères? L´acoustique, tout d´abord, suivie de l´esthétique, et peut-être encore du confort et de la visibilité. Classement d´autant plus aléatoire que, pour bien faire, il faudrait les avoir toutes testées, de plus sur des programmes différents (piano solo, quatuor, musique de chambre, grandes formations). Ce qui est exclu.

Mon propos n´est donc pas ici de soumettre un tel classement, ce qui serait insensé et ne présenterait pas grand intérêt. Plus intéressant serait peut-être, sur un plan plus général, d´identifier les différents types de salles dont nous avons connaissance, avec leur spécificité, le type de concerts ou de représentations auquel elles se prêtent. Les avantages ou petits inconvénients qu´elles peuvent présenter. Et de tenter de dégager les grandes tendances de leur évolution. Un tableau bien évidemment très incomplet et imparfait.

Commençons par l´opéra, le premier exemple qui nous vient à l´esprit avec sa traditionnelle confrontation salle à l´italienne versus auditorium. (Garnier vs Bastille). Les premières se prêtant en principe davantage à la représentation d´oeuvres offrant une relative intimité, ou qui, par leur décorum, s´accordent mieux à l´ambiance de la pièce produite. (Car ce n´est pas forcément une question de taille, cf. Garnier ou la Scala.) Des pièces relevant généralement des répertoires baroque ou classique. Les seconds étant plutôt dédiés aux grands spectacles ou opéras rassemblant de nombreux figurants. Encore que ce ne soit pas si évident (Cosí fan tutte?). Le charme du décor compensant généralement le relatif inconfort que peuvent présenter les anciennes salles. Encore faudrait-il que l´on ait le choix. Car les exemples dont nous avons connaissance sont peu nombreux. Outre le cas de Paris me vient à l´esprit celui de Budapest. Avec sa salle traditionnelle de l´avenue Andrássy (le dada des touristes…) et son Théâtre Erkel avec ses plus de 2000 places. Sans oublier un troisième site récemment ouvert, l´Atelier Eiffel. Avec son petit auditorium moderne, mais offrant des dimensions et un nombre de places limités. Conçu, avec sa scène et sa salle réduites, pour des oeuvres du répertoire moins fréquentées et ne nécessitant pas grande mise-en-scène. Ce que j´appellerais des „opéras de poche”. (Tel L´Oca del Cairo de Mozart auquel nous avons pu assister.) Une salle également vouée à la production de certaines oeuvres contemporaines. Un avantage: la proximité avec les acteurs et chanteurs. Puisque nous avons évoqué Paris, là aussi, dans un tout autre genre, le public dispose d´un troisième site: la salle Favart (Opéra comique). Où sont souvent produites des pièces inédites du répertoire français (Cherubini, Boieldieu). Sans oublier, pour les Parisiens, le délicieux Opéra Royal de Versailles où sont parfois donnés des opéras d´époque. Mais disposer de plusieurs salles est un luxe assez rare, les plus grands opéras du monde disposant exclusivement, soit d´une salle traditionnelle à l´italienne (Milan, Venise (2) ), soit au contraire d´un espace moderne (New York, Sidney). Ce qui, après tout, ne constitue pas un handicap, loin de là. Leur succès et leur prestige étant là pour nous en convaincre.

Budapest (Müpa, auditorium Béla Bartók)

Et les salles de concert? Comme pour l´opéra, nous pourrions établir un distingo entre auditoriums modernes et salles anciennes. Sur un plan purement esthétique, d´abord, il est indéniable que certaines salles „anciennes” offrent un charme incomparable, telles la salle dorée du Muzikverein de Vienne (concert du Nouvel An!) ou, très proche, la salle de l´Académie de Musique de Budapest ou encore, dans un autre genre, la Palau de la Musica de Barcelone (3). Certes, mais, depuis peu, les architectes nous servent de plus en plus d´auditoriums modernes rivalisant de prouesses dans le domaine de l´esthétique. C´est un phénomène relativement récent. A cet égard, trois exemples me viennent en tête (mais il y en a d´autres): Budapest avec l’auditorium du Palais des Arts (Müpa), Paris avec la nouvelle salle de la Philharmonie et Moscou avec son Concert Hall Zaradye. Des salles où le matériau adopté est le bois (tout à la fois esthétique et idéal pour l´acoustique). Ces deux dernières (Paris, Moscou) récemment ouvertes au pubic et présentant une certaine ressemblance. Et offrant par rapport à l´auditoriun de Budapest (légèrement plus ancien) l´avantage de travées disposées tout autour de l´orchestre, placé au centre. Ici encore, il faut saluer une nouvelle tendance, bienvenue. Encore que la Philharmonie de Berlin, plus ancienne (1987), proposait déjà un public placé autour de l´orchestre. Une première à l´époque, dont l´architecte, Scharoun, s´était expliqué: „Atténuer la distinction entre les musiciens et les spectateurs ; ils ne constituent plus qu'une communauté de mélomanes, concentrés sur la musique, mise au centre de l'espace.” Pour rester à Berlin, nous citerons encore l´auditorium Pierre Boulez, réservé aux récitals de piano ou petits ensembles réduits (trios, quatuors) avec un public disposé en cercle autour du soliste ou des instrumentistes, mais pour le coup à proximité immédiate, ce qui favorise la communion entre les deux Et probablement aussi le jeu du soliste (ou instrumentistes). A citer encore, la Philharmonie de Cologne avec sa belle salle disposée en large demi cercle autour de la scène (un peu à la façon des théâtres antiques). Des salles qui reléguent désormais au second plan des audotoriums plus anciens, telle notre salle Pleyel, apparemment dépassée.

Dernier né: l´auditoriuem Zaradye deMoscou

Voilà qui est bien beau, mais l´acoustique dans tout cela? Pour les deux salles que nous connaissons (Budapest et Paris): une acoustique irréprochable. Voire (Budapest) avec des panneaux mobiles permettant d´adapter le son au type de concert ou récital donné. Bien que ne nous nous y étant pas rendus, le même écho nous a été donné de la salle de Moscou. Il est un fait qu´avec le développement des techniques et des matériaux, et l´apport de l´informatique, un progrès sensible a été accompli ces dernières années. Et, bien sûr, le savoir faire des concepteurs (architectes et leur entourage). Des architectes souvent eux-mêmes mélomanes qui n´en mettent que plus de coeur – et de compétences – au service de leur tâche (4).

Conclusion ? Désormais, le mélomane dispose d´une offre de plus en plus riche de salles modernes et spatieuses offrant au public des conditions optimales d´écoute, de confort et de visibilité. Et ce un peu partout, de Paris à l´Arsenal de Metz, de Budapest au magnifique auditorium de Pécs. Néanmoins, il n´en faut pas pour autant négliger nos salles traditionnelles. L´un n´empêche pas l´autre, Tout dépend du programme proposé et de l´ambiance recherchée. C´est ainsi que, résident à Budapest, j´irais bien volontiers écouter Brahms au Palais des Arts, mais je préfèrerais me rendre à l´Académie de Musique pour une symphonie de Haydn. De même, de passage à Paris, je suivrais bien un concert Berlioz dans la grande salle de la Philharmonie, mais filerais ensuite au Théâtre des Champs Élysées – ou à Gaveau - pour un récital de piano ou de chant, ou encore écouter un quatuor. Notre chance est, ici et là-bas, d´avoir le choix. Sachons donc en profiter et ne ménageons pas notre plaisir. A fortiori sur des places où l´offre musicale – qualité et diversité des formations – est particulièrement riche.

Encore une fois, ne boudons pas notre plaisir et sachons y goûter à pleines dents… ou plutôt à pleines oreilles…..

 

Pierre Waline, 15 octobre 2020

 

(1): telle Grenoble déclarée „ville la plus verte d´Europe” (!?) ou encore „Budapest offrant le plus beau marché de Noël d´Europe”. Allons donc !

(2): certaines couplant une grande salle traditionnelle „à l´italienne” avec un théâtre baroque. Telle Prague avec son Théâtre national (qui rappelle un peu Garnier) et son merveilleux Thèâtre des Etats. Ou encore Munich avec son grand opéra traditionnel (Bayerisches Statsoper) et le fameux Théâtre Cuvilliés.

(3) également réputée, la salle du Concertgebouw d´Amsterdam. Mais pourquoi, diantre, avoir planté ce long escalier au beau milieu de la scène pour accéder à la coulisse ? Marches que chef et solistes doivent gravir (au pas de course) et redévaler à chaque rappel. Je ne les envie pas!

(4) Tel l´architecte hongrois Gábor Zoboki, concepteur du Palais des Arts de Budapest récemment entendu sur les ondes. Un entretien pariculiêrement intéressant qui a révélé de profondes connaissances en matière de musique de sa part. Nous offrant entre autres une comparaison originale entre son auditorium et la salle voulue par Wagner à Bayreuth (conceptions – accueil des visiteurs, emplacement de l´orchestre – et acoustiques diamétralement opposées).

 


 

Pratiquement passé inaperçu s´est récemment déroulé à Paris un concours international de femmes cheffes d´ orchestre.

Ce n´est pas une découverte, la création musicale foisonne d´oeuvres inspirées d´écrivains, dramaturges et poètes. Si nombreuses qu´il serait vain de tenter d´en dresser ici la liste, de Beethoven à Verdi en passant par Schubert et Schumann, ou encore Tchaïkowsky et mille autres. L´inverse étant moins évident, encore que…

Peut-être plus intéressant serait de tenter de voir comment les uns se sont positionnés par rapport aux autres. Commençons par nos écrivains… Qui nous réservent en la matière quelques bonnes… et mauvaises surprises. A commencer par notre cher Stendhal, qui, on le sait, portait les Italiens aux nues, tel Rossini sur lequel il nous a laisssé un mémorable écrit („La vie de Rossini”). Certes, et nous ne pouvons que le suivre, mais qui ne s´est guère glorifié pour le reste. Tel ce jugement pour le moins surpenant porté sur Mozart et Beethoven: « Quand Beethoven et Mozart lui-même ont accumulé les notes et les idées, quand ils ont cherché la quantité et la bizarrerie des modulations, leur symphonies savantes et pleines de recherche n’ont produit aucun effet” (sic !!). Mais qui se rattrapera dans la suite: „Tandis que lorsqu’ils ont suivi les traces de Haydn, ils ont touché les cœurs.» Et le pauvre Schubert n´est pas davantage épargné, jugeons-en: «On n’a jamais couché sur le papier de composition plus exaspérante par son manque d’intelligence » (et vlan !) au sujet de la IXème symphonie, dixit Bernard Shaw! Schubert dont Larousse écrivait: «Ses sonates s’effacent devant celles de Weber » !!!! (Dictionnaire du XIXème siècle). Un Schubert au demeurant royalement ignoré par Balzac, Stendhal, Mérimée et Baudelaire (qui ne tarit pas d’éloges sur Weber). Sans parler de Goethe (grand admirateur de Mozart) qui le traita par le mépris.

Mais bon, reconnaissons que c´est là le fait d´une minorité, la plupart de nos grands écrivains ne s´y étant pas trompés pour reconnaïtre le génie de leurs „confrères” musiciens et le clamer à haute voix. La palme revenant à George Sand: « Beethoven fait rentrer dans les profondeurs les plus intimes du moi tout ce que vous avez senti, éprouvé, vos amours (et elle s’y connaissait…), vos souffrances, vos rêves, tout se ranime au souffle de son génie et vous jette dans une rêverie intime.» Ce qui n´étonnera guère de celle qui fut l´amie de Chopin. Suivie de Balzac qui, dans sa nouvelle «Gambara» faisait dire à l’un de ses personnages que «Beethoven a reculé les limites de la musique instrumentale et personne ne l’a suivi dans sa route”. Dans un autre genre, citons encore Taine qui fut un grand admirateur de Beethoven. Et bien d´autres. Plus près de nous, Romain Rolland qui nous a laissé plusieurs écrits sur Beethoven, dont une célèbre biographie. Romain Rolland à qui nous devons cette merveilleuse phrase sur Beethoven: « Il reste le meilleur ami de ceux qui souffrent et qui luttent ’

A l´inverse, quel oeil jetèrent les compositeurs sur la littérature? Si (désolé!), Mozart ne s´avéra apparemment pas être un lecteur particulièrement assudu, sinon de Beaumarchais (mais alors très en vogue..), Beethoven le fut. Beethoven qui, en véritable autodidacte, s’était intéressé de près à la philosophie et à la poésie, lisant aussi les « anciens ». Grand admirateur de Klopstock et de Kant, Beethoven se disait aussi « imprégné » de Plutarque. Ses poètes préférés étaient Goethe, Schiller, Ossian et Homère. Faisant preuve d’une étonnante ouverture d’esprit, il s’intéressa même à la pensée hindoue ! Également lecteur assidu, Robert Schumann, fils de libraire. Au demeurant doté d´une fort belle plume, il nous a laissé, outre ses critiques musicales, de fort beaux textes. Telle cette description d’un périple effectué à 19 ans entre Coblence et Mayence: « La belle ruine d’Ehrenfels laissait tomber sur moi et sur le Mäuseturm un regard dédaigneux. Le soleil se coucha dans une gloire royale, puis ce fut le calme du crépuscule. A la rive de Rüdesheim étaient amarrés des bateaux chargés de vie et d’animation ; des enfants merveilleux jouaient gaiement sur le bord du fleuve, si bien que je faillis en oublier le lever de la lune…. Pas un souffle ne ridait l’eau, l’éther lunaire était d’une pureté bleutée. Rüdesheim avec ses sombres ruines romaines se mirait dans l’onde que la lune transfigurait magiquement… » Plus surprenant (et peu connu), Schubert nous a laissé un fort beau texte « Mein Traum » où il rapporte un rêve axé sur les thèmes de la mort assimilée au repos et de la solitude. Texte agrémenté d un poème intitulé „Prière” . Ce qui est d´autant plus surprenant que Schubert, pourtant entouré de poètes et lecteur assidu de Schiller, Goethe et Walter Scott, ne semble pas avoir été d’une grande culture.

En matière de talents littéraires, il en est un que nous ne saurions ici passer sous silence: Berlioz qui, outre ses critiqes musicales (quoique souvent emphatiques et par trop enflammées) nous a laissé un fort bel ouvrage nous relatant les nombreux voyages qu il effectua de par l´Europee (dont Pest!). Un ouvrage rédigé dans un fort beau style, fluide, qui se lit avec plaisir. Berlioz qui nous a également laissé un fort bel essai sur Beethoven. Un cas à part: Wagner qui, on le sait, a conçu lui-même les livrets de ses opéras, mais que l´on ne peut ranger dans le genre littéraire. (Wagner qui nous a laissé une intéressante description des symphonies de Beethoven).

Voilà pour le peu que nous savons des musiciens s´étant impliqués - de près ou de loin - dans la littérature et la poésie. (Encore une fois, abstraction faite des oeuvres théâtrales dont ils se sont inspirés. (1)) Mais il y en a certainement bien d´autres. Par contre, s´il nous fallait citer des écrivains s´étant essayés à la composition, nous serions bien en peine de répondre. Mis à part Rousseau avec son „Devin du village”. Piècette sans grande ambition, mais, reconnaissons le, bien tournée et fort charmante. Et... j'allais en oublier un, et non des moindres: E.T.A. Hoffmann avec son opéra "Ondine", le premier opéra romantique allemand, composé des avant le "Freischütz" (1814). Hoffmann, également critique musical, qui se rajouta un troisieme prénom, Amadeus, en hommage a Mozart...

Alors? Mis à part quelques malheureuses exceptions, il semblerait d´une façon générale que, d´un genre à l´ autre, les grands se reconnaissent entre eux. Du moins osons-nous le croire. Ce qui n´a somme toute rien de très étonnant. Bon ménage? Apparemment oui…

 

Pierre Waline, 7 octobre 2020

 

(1): si nombre d´opéras ou musiques de scène sont inspirés des plus plus grands (Shakespeare, Goethe, Pouchine, etc.) force est de reconnaître que ce ne fut pas toujours le cas. Tels, par exemple, les textes que l´on trouve à l´origine de deux oeuvres pourtant sublimes comme Le Freischütz ou encore Fidelio. Le mérite des compositeurs n´en est que plus grand d´ avoir su les dépasser, pour nous offrir parmi les plus belles partitions du répertoire.

Lors de mon détachement en Allemagne, nous avions rédigé, avec quelques collègues et amis, un „Guide de la commincation” à l´attention des hommes d´affaires français se rendant Outre-Rhin, ceci pour les informer sur les usages locaux et leur éviter quelques impairs à ne pas commettre. Opération renouvelée lors de mon passage en Hongrie. Alors d´autant plus nécessaire que c´était l´époque (années quatre-vingt dix) où nos compatriotes affluaient par avions entiers dans l´espoir de dénicher quelque bonne affaire et de s´ouvrir un nouveau marché, notamment à l´occasion des privatisations. Nous ne reviendrons pas ici sur le détail des conseils alors formulés. Plus intéressant serait d´examiner d´une façon plus générale les différences d´usages, tant dans le comportement que dans le langage, chez les uns et les autres..

Le Français, du moins dans ses relations épistolaires présentant un caractère plus ou moins officiel, passe pour tenir un langage alambiqué qui ne manque pas de dérouter ses partenaires étrangers. Ceci à coup de „sentiments distingués” que l´on vous prie de „bien vouloir agréer”, etc. Sans parler de ce besoin de s´exprimer par formules indirectes („Je ne suis pas sans penser que….” .). Probablement pour atténuer l´effet produit, artifice de langage qui ne manque pas de déconcerter, souvent mal compris. A côté de cela, le Hongrois – comme l´Allemand – passe pour être plus simple et plus direct dans son propos. Telle cette formule laconique, mais bien pratique, équivalent de notre „Salutations empressées” adoptée pour clore un courrier („Mit freundlichen Grűßen«, „Szívélyes üdvözlettel”). Encore qu´elle tende de plus en plus à se répandre en France également.

Plus simple, le hongrois? Pas tant que cela! Telle cette formule de politesse utilisée lorsque l´on s´adresse à une femme: „Je vous baise la main” („Kézit csokolom”) - également pratiquée en Pologne. De plus en plus souvent simplifiée par „Je vous embrasse” („Csokolom”) (1). Celle-ci également utilsée par les jeunes pour s´adresser à une personne âgée, homme ou femme. Ne pas l´utiliser, même à l´égard d´une femme jeune, relèverait presque de l´inconvenance ou, du moins, de la familiarité. Autre petit casse-tête, la double formule de vouvoiement par les termes „Maga” ou „Ön”. Le second étant plus respectueux. De plus, un vouvoiement qui se pratique à la troisième personne (comme en polonais…), mais, pour corser le tout, agrémenté de la formule „Est-ce qu´il plaît à NN… de .. ?” („tetszik….. ?”) lorsque l´on a opté pour le „Ön” respectueux. Pour éviter les complications et vexations, une solution est de couper la poire en deux en recourant au „Ön”, plus poli, mais sans le „il plaît à” („tetszik”)… Et encore, c´était bien pire sous l´ancien régime où, encore dans les années trente, plusieurs niveaux de respect étaient imposés pour s´adresser à une personne de rang élevé (noble ou haut fonctionnaire): „Votre dignité” („Méltóságos Úr”) ou encore „Votre excellence” (Nagyságos Úr)…(2) Des formules révolues, socialisme de l´après-guerre oblige. Fort heureusement, pour nous simplifier la tâche, l´usage du tutoiement se répand de plus en plus en Hongrie, davantage encore qu´en France, non seulement auprès des jeunes. Par contre, un usage beaucoup plus répandu que chez nous, l´énumération des titres universitaires devant un nom propre: professeur (Prof), Ingénieur (Ing), Docteur (Dr). Ce dernier pour toute personne ayant passé un doctorat (équivalent de notre maîtrise), pas seulement en médecine, mais dans tous les domaines (3).

Voilà, en gros, pour ce qui concerne les usages adoptés dans le langage courant. Et pour le reste? Pour le coup, les habitudes de comportement me semblent sensiblement plus simples, côté hongrois. Tout d´abord, pour en revenir au monde des affaires, ces déjeuners d´affaires à éviter pour les remplacer par un réunion matinale café-eau minérale. Et cette habitude, bien sympathique, de proposer un café (agrémenté de petits amuse-gueule) à tout visiteur, quel que soit le motif de la visite. Ne pas le faire serait une grave impolitesse. Autre règle sacro-sainte: ne jamais se pointer chez quelqu´un les mains vides, même si aucune circonstance ne justifie ce geste. Pour le reste, un langage plus clair et plus direct est adopté dans les relations quotidiennes, quitte à s´exprimer parfois de façon un peu crue, sans pour autant que votre partenaire (blasé) n´en prenne ombrage. Pour en revenir aux „déjeuners d´affaires”, notre dîner assis en ville – pratique bien française – est le plus souvent remplacé par une collation servie au salon sur un plateau.

Tout cela est bien beau, mais... Mais... Triste revers de la médaille: le recours de plus en plus répandu, par les jeunes… et moins jeunes, à des termes franchement grossiers. Termes que l´on rencontre dans la langue française, certes, mais nettement plus explicites et imagés en hongrois…. Parfois associés à une mise peu avenante: crâne rasé et tatouage. Ici encore, tatouages beaucoup plus répandus que chez nous, également à la mode chez les jeunes filles …

Mais bon… Passons sur ces petits vices de langage et de comportement et reconnaissons que, dans l´ensemble, les relations quotidiennes s´avèrent dans de nombreux cas plus simples sur les bords du Danube. Mais…. Sans ce charme que procurent nos règles de courtoisie, parfois contraignantes, certes, mais somme toute bien agréables pour apporter une touche de douceur et de tact dans les rapports.

Pour conclure? Ne cherchons pas à copier le voisin et gardons nos propres usages, qui ont somme toute chacuns leur bon côté.

 

Pierre Waline, 4 octobre 2020

 

(1): attention aux pièges de la traduction, le terme „baiser” étant ici à proscrire !!!

(2): un usage qui en dit long sur l´état d´esprit qui régnait dans la société hongroise d´avant-guerre, encore marquée par un relent de féodalisme.

(3): les Allemands recourant, quant à eux, au „Dr.Dr.” voire au „Prof.Dr.Dr.” lorsque ceux-ci disposent d´un douuble titre, petit signe de vanité bien typique. Mais nous autres ne sommes pas en reste avec nos décorations, ces petits hochets, arborées au revers de la veste, voire sur nos cartes de visite. Ce qui, à ma connaissance, ne se voit guère ailleurs qu´en France.

Il me faut composer quelque chose pour ces chers moustachus que je porte en mon coeur” (1). Ainsi s´exprima un jour Beethoven à propos des Hongrois, qu´il se plaisait à appeler „ses moustachus”, ceci sans aucune connotation ironique, bien au contraire. Voilà qui s´annonce bien.

S´agissant de la Hongrie, nous vient immédiatement à l´esprit le nom des Brunswick avec qui Beethoven entretint des relations intimes. Nous y reviendrons. Mais, dès avant, il est un Hongrois que Beethoven tenait pour un de ses meilleurs et plus fidèles amis, le compositeur Nikolaus (Miklós) Zmeskall (1759-1833). Et dont on parle peu. Pourtant...

Qui était Zmeskall? Né en Haute Hongrie (sur le territoire de l´actuelle Slovaquie), établi à Vienne, Zmeskall était un compositeur relativement connu, notamment auteur d´une série de quatuors. Il était de onze ans plus âgé que Beethoven. Dès son arrivée à Vienne, début 1793, c´est à lui que ce dernier s´adressa pour lui servir de mentor. C´est ainsi que Zmeskall introduisit le jeune Beethoven auprès de Haydn, mais aussi dans les milieux de l´aristocratie, ce qui sera décisif pour son avenir. Entre autres auprès de la comtesse de Thun, des Lichnowsky, Razumovsky et autres Lobkowitz. Ainsi débuta entre les deux hommes une longue amitié. Amitié tout au long de laquelle, Zmeskall ne manqua pas de „paterner” son cadet, lui rendant mille petits services pratiques. De la commande de ses plumes à la correspondance avec les éditeurs ou encore pour quérir le médecin. Mais c´est surtout leur passion commune pour la musique qui les rapprochait, Zmeskall, violoncelliste amateur, se révélant également bon pianiste. Amitié que Beethoven lui rendra en lui dédicaçant un quatuor (op 95). On dispose de plus de 150 billets et lettres adressés par Beethoven à son ami qu´il se plaisait à affubler de petits sobriquets, jouant notamment sur son titre de baron, mais toujours avec une petite pointe d´affection. Une correspondance empreinte de complicité et d´humour. Fréquentation qui se fera plus espacée sur la fin en raison de la maladie de Zmeskall.

                                      

Pepi                                                                            Marie Erdődy

Six ans après cette rencontre, en 1799, une certaine comtesse Brunswick frappait à la porte du maître de Bonn pour lui présenter ses deux filles aînées et lui confier leur formation au piano. Démarche plutôt téméraire (sans compter les trois étages à grimper...) quand on sait le peu d´empressement qu´avait Beethoven à recevoir des visiteurs. Et là, le courant passa... Le deux filles, Thérèse et Joséphine, étaient toutes deux bonnes musiciennes. Notamment Thérèse qui avait été assise au piano dès l´âge de trois ans. Des leçons quasi quotidiennes qui se prolongèrent bien au delà du raisonnable (cinq heures d´affilée). La suite, nous la connaissons. On a beaucoup épilogué sur les relations affectueuses entre Beethoven et les deux soeurs. Tout d´abord, Thérèse, la „fiancée” (au sens platonique et par jeu), puis Joséphine, au physique plus que séduisant. Joséphine, dite „Pepi”, veuve à 25 ans avec qui Beethoven échangea une correspondance à la limite de la „déclaration” („Ange de mon coeur”). Elle allait se remarier en 1810, union qui ne dura guère (2). Certains n´hésitent pas à voir en elle la fameuse et mystérieuse „Immortelle bienaimée”. Malgré le charme des deux soeurs, il ne faut pas en oublier pour autant le frère Franz, en qui Beethoven trouva un véritable ami. Franz au demeurant excellent musicien pratiquant le violoncelle. (Beethoven lui dédia l´Appassionata). Leur propriété: Martonvásár où Beethoven passa des heures délicieuses, aimant se promener et méditer dans le parc (3).

 

Martonvásár

Et voilà que surgit une troisième comparse: la comtesse Maria von Erdődy, originaire de Transylvanie, de neuf ans plus jeune que Beethoven dont elle fut l´élève. Comme les soeurs Brunswick, Marie - qui venait de divorcer – entretint des relations intimes avec Beethoven dont elle passait pour être la confidente. Jusqu´où allait cette „intimité” ? Nous l´ignorons. Une relation suivie qui prit fin avec le départ de la belle pour l´Allemagne. Beethoven lui dédicaça ses sonates pour violoncelle op 102.

Comme on voit, les Hongrois (et Hongroises..) occupèrent un place de choix dans le coeur de notre ami, pourtant réputé difficile à approcher. Par contre, s´il fréquenta assidûment la propriété de Martonvásár, Beethoven ne se rendit à notre connaissance qu´une seule fois à Buda, le 7 mai 1800 pour y donner un concert au Théâtre du Château. Mais ses relations avec la Hongrie ne s´arrêtèrent pas là. Telle cette commande passée en 1812 pour l´ouverture du Nouveau Théâtre de Pest, pour laquelle il composa Le Roi Etienne et Les Ruines d´Athènes. Autre commande: celle d´une messe par le prince Nicolas Esterházy: ce sera la Messe en ut.

Au-delà de ces oeuvres composées sur commande, Beethoven utilisa à plusieurs reprises des motifs empruntés au fonds populaire magyar (passages dits all´ungharese). Il est vrai que c´était alors la grande mode et il ne fut pas le seul (cf. Haydn et Mozart).

Et les Hongrois, comment accueillirent-ils les oeuvres de Beethoven ? A la différence de Londres et Paris, il est bien difficile de nous en faire une opinion précise, les concerts publics étant encore relativement peu répandus en Hongrie en ce début du XIXème. Concerts qui étaient plutôt l´apanage des cercles de l´aristocratie et se tenaient à Vienne. Une chose est par contre certaine: les Hongrois ne tarderont pas à l´adopter et le considérer comme des leurs. Tel est le cas aujourd´hui où l´on n´a pas attendu l´anniversaire de sa naissance pour monter festivals et journées en son honneur. Que ce soit â Martonvásár ou ailleurs. Telles ces fameuses Journées „Beethoven à Buda” qui se tiennent depuis de nombreuses années dans le quartier du Château.

Alors? Alors, oui. Sinon d´une véritable idylle au sens propre, on peut parler de relations privilégiées. Ce qui est d´autant plus appréciable que Beethoven n´était pas particulièrement enclin aux grands épanchements, sinon dans l´intimité.

Voilà de quoi combler cellles et ceux qui, comme moi, partagent leur passion entre les deux….

 

Pierre Waline, 28 septembre 2020

(1): alors que lui était passée une commande pour l´ouverture du Nouveau Théâtre de Pesth (1812).

(2): Joséphine qui donna naissance en avril 1813 à une fille nommée Minona (anagramme de Anonim) qui ne pouvait être une enfant légitime, son mari s´étant absenté entre janvier et octobre 1812. D´où des ragots – probablement infondés - pour en attribuer la paternité à Beethoven….

(3): situé à une petite quarantaine de kilomètres au Sud de Budapest, le domaine de Martonvásár, doté d´un charmant parc à l´anglaise, fait régulièrement l´objet de manifestations (concerts, colloques, expositions) consacrées au maître de Bonn.

.

Les mélomanes le savent bien, les dynasties et fratries sont kyrielle dans le monde de la musique. 

La langue hongroise est réputée pour être hermétique aux étrangers, notamment par un vocabulaire qui ne manque pas de dérouter les touristes de passage.

A kijelölt francia nyelvű szöveg felolvasásához kattints a hangszóróra! Francianyelv.hu felolvasó