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Depuis près d´un mois, les membres de l´Orchestre du Festival de Budapest nous offrent chaque soir un petit récital en formation de chambre, retransmis sur le site de l´Orchestre. Ce que leur chef Iván Fischer appelle ses „concerts de quarantaine”. Ceci pour nous offrir un moment de détente en ces temps difficiles de confinement.

Soirées intimes de temps à autre relayées par la rediffusion de véritables concerts. Tel est le cas du concert rediffusé en ce 1er mai. Au programme, une oeuvre majeure précisément de saison: Le Sacre du Printemps d´Igor Stravinsky. Reprise d´un concert donné en 2015 à l´occasion d´un Marathon Stravinsky. Concert rediffusé simultanément sur les sites de l´Orchestre (BFZ) et du Palais des Arts (Müpa).

Véritable coup de tonnerre qui secoua le Théâtre des Champs Elysées lors de sa création en 1913 (1), le Sacre de Stravinsky constitue un retour aux vraies racines de la musique : vibration et pulsations qui traduisent les battements du cœur. Je citerai Pierre Boulez, son grand interprète: « C’est le principe même [de la musique occidentale] qui est remis en cause : d’abord la prééminence du rythme sur les autres composants du langage musical ; ensuite par la conception même du temps de la pulsation. La prééminence du rythme se traduit par la réduction d’autres catégories comme polyphonie, harmonie, à une fonction subordonnée». Ecrite sur commande pour un ballet, l’œuvre (divisée en deux parties « L’adoration de la Terre » et « Le Sacrifice ») ne dépend pas de l’argument et est aujourd´hui généralement donnée en version de concert. Véritable hymne à la nature dans son essence la plus pure, la plus primitive, de son retour à l’état sauvage (2).

Une oeuvre idéale pour mettre en valeur les qualités d´un orchestre (3). Nous ne nous étendrons pas ce soir sur l´interprétation, s´agissant d´une rediffusion et non d´un concert suivi sur le vif. Malgré tout, force est de reconnaître qu´Iván Fischer et ses musiciens se sont montrés particulièrement inspirés dans un répertoire taillé sur mesure. Brillance, clarté et tempos rendant parfaitement ce rythme obsédant qui imprègne l´oeuvre de bout en bout. Servi par des jeunes musiciens électrisés sous la baguette inspirée de leur chef. Un chef dirigeant sans partition. A noter cette faculté remarquable de suivre au quart de tour ces brusques sauts de rythme et de climat dont fourmille la partition. Devant un public apparemment comblé, voire enthousiaste… Enthousiasme que nous partageons sans réserve, impressionnés, bien que ne nous trouvant pas dans la salle.

Mais, plus que l´oeuvre elle-même et son interprétation, c´est le geste d´Iván Fischer et de ses musiciens que nous tenions à saluer ce soir. Lui-même condamné à rester à domicile, Iván Fischer ne manque pas de nous adresser régulièrement depuis chez lui des petits messages d´encouragement. Petits clins d´oeil souriants qui permettent de garder le contact, mais sonnent aussi un peu comme un lien d´amitié. Voilà qui ne surprendra guère de la part d´un homme qui, au-delà de ses talents et de sa renommée, s´est toujours révélé à coeur ouvert, que soit envers ses musiciens, son public ou les personnes démunies ou isolées et milieux défavorisés.

En attendant la suite. Et surtout - mais quand ? - de pouvoir un jour nous retrouver en concert. Le plus tôt sera le mieux….

(Un regret: l´abandon forcé des nombreuses tournées que Fischer et son ensemble avaient, comme chaque année, programmées de par le monde, dont un concert initialement prévu en mai à la Philharmonie de Paris.)

 

Pierre Waline, 1er mai 2020

 

(1) Une création qui fit scandale au point que le compositeur, exaspéré par les rires et quolibets d´une partie du public, quitta la salle (par ailleurs contrarié par la chorégraphie de Nijinski, qu´il jugeait hors de propos).

(2): „J'entrevis dans mon imagination le spectacle d'un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, et observant la danse à la mort d'une jeune fille, qu'ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps". Vision inspirée d´une tradition ancestrale russe.

(3) Stravinsky révisa légèrement sa partition en 1947 pour en vendre les droits à Walt Disney qui voulait en faire un dessin animé. (Le compositeur espérant ainsi se procurer une petite source supplémentaire de revenus… )

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