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Si par hasard,vous rencontrez un Hongrois, et le branchez sur le sujet, il ne manquera pas de vous évoquer avec fierté les quinze Prix Nobel dont peut se vanter sa patrie. Certes, mais… deux seulement en tant que ressortissants hongrois (Szent-Györgyi, Imre Kertész). Les autres, soit nés en Hongrie, mais ayant émigré (7) ou nés hors de Hongrie, mais de père ou mère hongrois (6). Un comptage bien généreux, donc... Mais bon, gardons-nous de nous immiscer dans un débat qui serait perdu d´avance... Par contre, il ignorera peut-être que la Hongrie a offert au monde au moins autant de chefs d´orchestre de valeur. De Fritz Reiner à Eugène Ormandy, de Ferenc Fricsay à Antal Dorati, de Hans Richter à Sir Georg Solti, sans parler des deux frères Iván et Ádám Fischer (1). Et nous pourrions ainsi prolonger la liste…. Pour le coup, une bonne moyenne pour un peuple comptant tout au plus quinze millions d´âmes, diaspora incluse… Il est vrai que, dans le monde de la musique, de nombreux artistes, du moins parmi les plus réputés, ont pris l´habitude de changer fréquemment leurs ports d´attache, au point que l´on en finit parfois par ignorer leur véritable origine (Barenboim, Argerich…).

Mais bon, encore une fois, on peut considérer que la Hongrie, par le nombre, se distingue en la matière. Sans parler des instrumentistes (György Cziffra, Géza Anda, András Schiff, Tamás Vásáry – également chef – et bien d´autres). Émigration où l´Histoire a souvent eu son rôle (fuite de régimes oppresseurs ou dépit, cf. Bartók). Mais revenons à nos amis. Tous, ou pratiquement, restés fidèles au pays. Dont ils ont continué à pratiquer plus ou moins la langue. A une exception, à notre connaissance: Hans Richter, au demeurant souvent présenté comme „Autrichien”, ou du moins „Austro-Hongrois” bien que né en Hongrie. Un personnage qui, au-delà de sa réputation de chef d´orchestre, allait marquer la vie musicale de son temps. Lié d´amitié avec Wagner, qui lui confia la création du Ring à Bayreuth en 1876, Hans Richter se produisit notamment beaucoup en Angleterre où il se tailla une solide renommée. Il fut l´un des rares à ne pas prendre parti dans la lutte qui opposait partisans de Brahms et de Wagner, interprétant indifféremment l´un et l´autre. Si nous évoquons ici son nom, c´est pour signaler à celles et ceux qui s´intéresseraient au personnage, la publication inédite par deux chercheuses hongroises, Ágnes Gádor et Veronika Vavrinecz (2), d´une riche correspondance qu´il échangea avec son compatriote, le pianiste Johannes (János) Nepomuk Dunkl (et le pédagogue et compositeur hongrois Edmund (Ödön) von Mihalovich). Quarante lettres rédigées en allemand. Correspondance qui, au-delà de l´amitié qui liait les deux hommes, nous livre de précieux renseignements sur la vie musicale de l´époque (fin XIXème) et ses compositeurs de prédilection (aux côtés de Wagner, Brahms, Beethoven, Dvořák, Elgar). Et qui nous le montre, malgré sa réputation internationale, resté très attaché à sa patrie d´origine où il s´était fait de nombreux amis.

Également resté attaché à ses origines, Antal Dorati, par sa contribution avec la Philharmonia hungarica (fondée en 1956 par le chef hongrois Zoltán Rozsnay… encore un!) à la tête de laquelle il enregistra l´intégrale des 104 symphonies de Haydn. Il fut également le premier à enregistrer l´intégrale (au demeurant fort réussie) des opéras du maître d´Esterháza à la tête de l´orchestre de Chambre de Lausanne. Il est, avec Neville Marriner et Karajan, l'un des chefs qui compte une des discographies les plus considérables, plus de 600 enregistrements avec les plus grands orchestres américains et européens (Wikipedia). Que dire des autres? Une mention spéciale, peut-être, pour Ferenc Fricsay (disparu prématurément) pour ses enregistrements des opéras de Mozart, mais aussi pour ce Requiem de Verdi enregistré à Berlin, qui fit date et, aujourd´hui encore, domine la discographie. Élève de Bartók et Kodály, il était réputé pour son sens du détail et la grande précision de sa direction (à la tête de l´Orchestre RIAS de Berlin). Son répertoire s´étendait de Haydn à la musique contemporaine (avec une mention spéciale pour son enregistrement des concertos de Bartók avec Géza Anda). Il eut par ailleurs le mérite de s´entourer des meilleurs chanteurs de l´époque (Ernst Haefliger, Maria Stader, Dietrich Fischer-Dieskau, Irmgard Seefried). Fricsay, un homme exigeant, réputé de caractère pas toujours facile. Ce que nous pourrions également dire de Sir Georg Solti. Solti, qui suite à un bref passage à l´Orchestre de Paris, avoua ne pouvoir s´entendre avec ses musiciens en raison d´une „incompatibilité des caractères entre Hongrois et Français ‹‹ indisciplinés ›› (!). Mais qui fit une brillante carrière à la tête de l´Orchestre de Chicago qu´il sut hisser au plus haut niveau. Parmi les grands chefs de l´Après-Guerre, son nom reste probablement un des plus cités à côté de celui de Karajan. (Comme son compatriote András Schiff, élevé au rang de „Sir” par la Reine.)

Comme Fricsay élève de Bartók et Kodály, Eugène (Jenő) Ormandy débuta comme violoniste. C´est aux États Unis, où il s´installa en 1921 (il a alors 22 ans...) qu´il entamma une carrière de chef d´orchestre, tout d´abord à la tête de l´Orchestre de Minneapolis, avant de prendre la direction de l´Orchestre de Philhadelphie qu´il dirigea 44 années durant. Pour en faire, de l´avis général, l´une des meilleures formations au monde. Dirigeant par coeur et sans baguette, il s´employa, par ses nombreux enregistrements, à populariser et diffuser la musique classique auprès du grand public. Ayant un faible pour la musique romantique, il fut par ailleurs l´un des premiers à promouvoir les oeuvres de Rachmaninov.

Comme Eugène Ormandy, Fritz Reiner s'expatria en 1922 aux États-Unis pour y diriger dans un premier temps l´Orchestre de Cincinnati à la succession d´Eugène Ysaÿe, et prendre ensuite en mains l´Orchestre de Pittsburg tout en dirigeant au Metropolitan Opera. Il enseigne alors la direction d´orchestre au Curtis Institute of Music où il compte Leonard Bernstein parmi ses élèves. Mais c´est avec l´Orchestre de Chicago qu´il obtint sa consécration (précédant Solti…). Les enregistrements qu´il réalisa à la tête de cette formation font aujourd´hui encore figures de référence (Wikipedia).

Comme l´on voit c´est là une belle brochette que la Hongrie nous a offerte avec ces chefs renommés. Mais, et c´est peut-être le plus appréciable, qui, tous exercèrent, chacun à sa façon, une profonde influence sur la vie musicale de leur temps. Nés Hongrois, certes, mais qui, au-delà de leur origine, relèvent du patrimoine universel, bref, nous appartiennent aussi un peu … leur réservant quelque part un petit coin secret au fond de notre coeur…

Pierre Waline, 13 novembre 2020

(1): Ádám réside et dirige en Allemagne. Quant à Iván, bien que résidant à Budapest, il a dirigé un moment l´Opéra de Lyon et a été placé à la tête de l´Orchestre symphonique de Berlin pour se voir récemment élu chef invité d´honneur du Concertgebouw.

(2): „Unveröffentliche Briefe Hans Richters an Johannes Nepomuk Dunkl und Edmund von Mihalovich”„ (sept.-déc. 2019, repris dans Studia Musicologica, Académie des Sciences de Hongrie, oct. 2020)

(3): Ádám Fischer fera de même (enregistement des symphonies) avec son Orchestre austro-hongrois.

(4): à lire, ses mémoires („Memoirs”) publiées en anglais à New York. (Version allemande: „Solti über Solti” éditée à Munich., Kindler Verlag, 1997)

 
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